Il est bleu, il est jaune, il trône fièrement sur l’établi à côté du rouleau de chatterton et de la boîte de vis mélangées. Dès qu’une porte grince, qu’un tiroir accroche ou que la porte du garage fait un bruit de sous-marin en détresse, le réflexe pavlovien du daron s’enclenche : dégainer l’aérosol magique, viser la charnière avec la petite paille rouge, et balancer trois généreuses giclées.
Sur le moment, miracle : le silence revient.
Trois semaines plus tard, non seulement la porte couine à nouveau avec une tonalité encore plus aiguë, mais une coulure noirâtre a dégouliné le long du chambranle sur la belle peinture blanc satiné.
Il est temps de poser les choses calmement : le WD-40 classique n’est pas un lubrifiant longue durée. Pour sauver vos oreilles et la peinture des boiseries, voici pourquoi il faut passer à la graisse blanche au lithium.
Le malentendu historique : à quoi sert vraiment la boîte bleue ?
Le WD-40 original (pour Water Displacement, 40th formula) a été conçu dans les années 1950 pour chasser l’humidité sur la carlingue des missiles Atlas. C’est un produit formidable, mais son rôle principal est triple :
- Chasser l’eau (effet hydrophobe).
- Dégripper une pièce rouillée grâce à des solvants très volatils à fort pouvoir pénétrant.
- Nettoyer les résidus de colle ou le goudron.
Quand vous en pulvérisez sur un gond de porte, le solvant liquide dissout immédiatement la vieille graisse encrassée et apporte une micro-pellicule huileuse. Le grincement s’arrête net. Mais ce film est ultra-fin et s’évapore en quelques jours.
Pire : en éliminant la vieille graisse sans la remplacer par un film épais, le métal se retrouve à nu, frotte à sec, et attire toute la poussière de la maison.
La graisse blanche au lithium : le vrai choix des professionnels
La graisse au lithium est une graisse épaisse, formulée à base de savon de lithium et d’huile minérale ou synthétique. En version aérosol (disponible chez 3-EN-UN, Facom ou même dans la gamme WD-40 Specialist), elle sort liquide pour pénétrer les interstices avant de s’épaissir en quelques secondes sous forme de pâte blanche protectrice.
Ses forces pour les menuiseries et la quincaillerie :
- Adhérence maximale : elle ne coule pas verticalement le long des portes.
- Résistance à la charge et aux frictions : elle reste en place même sous le poids d’une porte d’entrée blindée ou d’une baie vitrée.
- Hydrophobe et anticorrosion : idéale pour les portails extérieurs et les portes de garage exposées à la pluie et au gel.
- Tenue dans le temps : une application tous les deux à trois ans suffit largement.
Le protocole propre en 4 étapes
Pour ne plus jamais avoir à recommencer le mois prochain :
- Dégraisser et nettoyer : c’est ici que votre WD-40 classique entre en jeu. Mettez un coup de chiffon en dessous, pulvérisez une dose pour dissoudre la crasse noire accumulée, puis essuyez tout le métal pour repartir sur une base propre.
- Secouer l’aérosol de graisse au lithium : indispensable pour bien mélanger le solvant vecteur et les agents épaississants.
- Appliquer au cœur de l’articulation : visez la jointure entre les deux parties du gond (ou soulevez légèrement la porte au pied-de-biche avec une cale en bois si vous voulez faire un travail parfait). Une pression brève suffit.
- Actionner la porte : faites quatre ou cinq allers-retours complets pour répartir la graisse uniformément, puis essuyez l’éventuel surplus blanc avec un chiffon propre.
Le verdict du Daron
- WD-40 Multifonction (bleu et jaune) : à réserver pour dégripper un boulon rouillé, nettoyer une lame de sécateur pleine de sève ou chasser l’humidité d’une cosse de batterie de tondeuse.
- Graisse blanche au lithium : la seule réponse valable pour les gonds de portes, rails de portail coulissant, serrures extérieures et chaînes de vélo de ville.
Gardez les deux dans l’atelier, mais rangez la paille rouge du spray bleu loin des portes intérieures. Votre calme et vos plinthes vous diront merci.


