Octobre dernier, je regarde mes trois gosses affalés sur le canapé à enchaîner des vidéos TikTok et je me dis : ça ne peut plus durer. J’avais un vieux VTT qui prenait la poussière dans le garage, un budget rallonge Noël pas encore dépensé, et une envie vague de retrouver mes jambes de jeune papa. Six mois plus tard, je tape ce retour d’expérience au retour d’une boucle de 18 kilomètres sur la voie verte de l’Allier, pendant que les enfants dorment comme des loirs. Bilan.

Le contexte : trois gosses, trois niveaux

Pour situer, j’ai trois enfants : 7, 10 et 13 ans. Trois âges, trois rapports au vélo, trois problèmes différents. Le plus grand roule depuis longtemps, il a un vrai vélo, pas de souci technique mais beaucoup d’ego à gérer. Le deuxième est sur un Btwin Original 500 24 pouces reçu en cadeau d’anniversaire, il est à l’aise mais fatigue vite au-delà de 15 kilomètres. Le petit de 7 ans est sur un Woom 3, un vélo léger fabriqué en Autriche qui coûte un rein mais qui change radicalement la vie parce qu’un gosse sur un vélo trop lourd, c’est un gosse qui n’avance pas.

Au début, quand le petit avait encore 3 ans, on avait un siège Thule Yepp Nexxt monté sur ma tige de selle. Très bon produit, très confortable, même si on se prend des regards bizarres en ville. Quand il est devenu trop grand pour le siège mais trop petit pour suivre, on est passés à la remorque Croozer Kid Plus for 2, achetée d’occasion sur Le Bon Coin à 380 euros. Rétrospectivement, c’est sans doute l’investissement le plus rentable de la période.

Les premières sorties : humilité obligatoire

Première sortie : une boucle de 25 kilomètres autour du Puy-de-Dôme. Sur le papier, facile. Dans la réalité, catastrophe. Le 7 ans a craqué au kilomètre 8, le 10 ans a voulu imiter son grand frère et s’est épuisé, et j’ai fini par pousser le vélo du petit d’une main en tenant le mien de l’autre sur les trois derniers kilomètres. Leçon numéro un : on divise par deux ses ambitions initiales, puis on divise encore par deux.

Les sorties suivantes ont fait 10 à 15 kilomètres maximum. Sur le plat. Avec des pauses toutes les demi-heures. Et tu sais quoi ? Tout le monde est rentré content. Le vélo en famille, ce n’est pas un entraînement, c’est un moment.

Le matériel qui change tout

Après six mois, voici ce qui trône dans ma sacoche de selle Ortlieb et ce qui ne la quitte plus :

  • Une chambre à air de rechange pour chaque format roulant (26, 24, 20 pouces)
  • Un démonte-pneu et une mini-pompe Topeak
  • Un multi-outils Crankbrothers M17
  • Une trousse de secours basique (pansements, désinfectant, compresses)
  • Des barres de céréales Grany et des bananes, toujours
  • Une gourde par personne, deux pour les jours chauds
  • Des K-way repliables, oui même quand il fait beau

Deux crevaisons en six mois, les deux sur le vélo du 10 ans qui adore rouler dans les ronces. La première, j’ai galéré comme un débutant parce que j’avais oublié les démonte-pneus. La deuxième, quinze minutes chrono et remerciements de la famille, pas peu fier.

Les itinéraires qui marchent

Voici ma short-list testée et approuvée :

  • L’EuroVelo 6 tronçon Auvergne : plat, ombragé, goudronné, parfait pour débuter
  • La voie verte de l’Allier entre Vichy et Charmeil : 12 kilomètres faciles, baignade possible en été
  • Le circuit des volcans de Lemptégy : route tranquille et promesse de visite en bonus
  • Le Lac Chambon aller-retour : court, pittoresque, aire de pique-nique

La règle d’or que j’ai fini par adopter : chaque sortie doit avoir une destination “carotte”. Un glacier, une aire de jeux, un château, une cascade. Sans carotte, les gosses pédalent en traînant. Avec carotte, ils tirent devant en demandant si c’est encore loin.

Ce qui ne marche pas

Quelques règles négatives, tout aussi importantes :

  • Au-dessus de 28 degrés, on annule. Point. Un enfant en insolation, c’est la fin de l’aventure vélo pour l’année.
  • Le dénivelé. Pas plus de 200 mètres de dénivelé cumulé sur une sortie famille, sinon c’est grogne et larmes.
  • Partir fatigué. Si la veille on a fait une grosse journée, on reste à la maison.
  • Oublier la crème solaire. Le petit a pris un méchant coup de soleil sur la nuque en mai, j’étais très fier de moi.
  • Rouler sur route départementale. Même peu fréquentée, c’est trop stressant pour tout le monde, moi compris.

Le bilan après 6 mois

Environ 350 kilomètres cumulés en famille sur la période, répartis sur une bonne quinzaine de sorties. Budget total, remorque d’occasion comprise : autour de 650 euros. Est-ce que mes enfants sont devenus des cyclistes ? Non. Est-ce que j’ai perdu du poids ? Un peu, pas tant. Est-ce que c’était une réussite ? Oui, et voici pourquoi.

Ces sorties ont créé des souvenirs partagés qu’un canapé n’offre jamais. Les photos prises à la pause goûter dans un sous-bois valent mieux qu’une série Netflix. Et ma fille de 13 ans, celle qui faisait la gueule au départ parce que c’était “un truc de vieux”, m’a demandé la semaine dernière quand est-ce qu’on repart. J’ai encaissé la médaille en silence.

Verdict : reprendre le vélo en famille n’est pas un projet sportif, c’est un projet familial. Si vous y allez avec des ambitions de kilométrage, vous serez déçu. Si vous y allez pour passer un moment ensemble loin des écrans, c’est imbattable. Et accessoirement, vous retrouverez vos mollets. Pas les vingtenaires d’avant, mais quand même.